Confession de foi de La Rochelle (1559)

La confession de foi de 1559

dite de la Rochelle

 

 

Cette nouvelle édition de la Confession de La Rochelle a été réalisée par la Fondation d’Entraide Chrétienne Réformée aux Pays-Bas, en collaboration avec les Editions Kerygma en France.

La disposition des articles a été respectée. Les sections, titres et sous-titres, alinéas ont été ajoutés. L’adaptation de la langue a été recherchée avec fidélité.

Des notes reproduisent quelques termes anciens; ici et là, des éclaircissements nécessaires au texte.

Le texte en français modernisé a été rédigé par les soins du pasteur Pierre Ch. Marcel, docteur en théologie en France, en accord avec le professeur C. van Leeuwen, docteur en théologie aux Pays-Bas.

La véritable confession de foi des Eglises réformées en France, dite de La Rochelle, a été faite d’un commun accord par les Français qui désirent vivre selon la pureté de l’Evangile de notre Seigneur Jésus-Christ.

(c) Fondation d’Entraide Chrétienne Réformée aux Pays-Bas - 1988.

2e Edition - 1998.

Diffusion:

- en France: ISBN 2-905464-07-0

 

Editions Kerygma

33, Avenue Jules-Ferry

F-13100 Aix-en-Provence

 

- autres pays: ISBN 90-71558-02-9

 

Fondation d’Entraide Chrétienne Réformée

Ratelaar 56

2923 GG Krimpen a/d IJssel

Pays-Bas

Parus dans la même collection:

- le Catéchisme de Heidelberg, sous le titre “Quelle est ton unique assurance dans la vie comme dans la mort?”;

- les Canons de Dordrecht (les cinq articles de doctrine), sous le titre “Le solide fondement”;

- le Catéchisme de Genève, sous le titre “Choisis la vie …”

 

TABLE DES MATIÈRES

Préface

PLAN DE LA CONFESSION DE FOI

I. Dieu et sa Révélation

 

1. Dieu

2. La Révélation

3. L’Ecriture sainte

4. L’Ecriture, règle de la foi

5. L’autorité de l’Ecriture

Nos Symboles

6. La Trinité

7. La création

Les anges et les démons

8. La providence de Dieu

 

II. L’homme et son péché

 

9. Pureté originelle

et déchéance de l’homme

Impossibilité d’une religion naturelle

La nécessité de la grâce

10. L’hérédité du péché

11. La condamnation du péché

La permanence du péché

 

 III. Jésus-Christ

 

12. Notre élection en Jésus-Christ

13. Notre salut en Christ

14. La divinité et l’humanité de Jésus-Christ

15. Les deux natures du Christ

 

 IV. L’oeuvre du salut

 

16. La mort du Christ

17. Notre réconciliation

18. Notre pardon gratuit

19. La prière

Notre paix

20. La justification par la foi

21. Le don de la foi

Le don de la persévérance

22. Notre régénération

Les oeuvres bonnes

23. L’usage de la Loi et des Prophètes

24. Rejet de fausses doctrines

 

V. L’Eglise: sa nature

 

25. Le ministère de la prédication et des

Sacrements

26. L’unité de l’Eglise

27. L’Eglise véritable

28. Les fausses Eglises

La Papauté

 

VI. L’Eglise: son organisation

 

29. Les ministères

30. L’égalité des pasteurs

L’égalité des Eglises

31. Les vocations

La vocation intérieure

32. L’union entre les Eglises

33. Lois et règlements ecclésiastiques

L’excommunication

 

VII. Les Sacrements

 

34. Les Sacrements en général

35. Le Baptême

Le Baptême des enfants

36. La Sainte-Cène

37. L’effacité des Sacrements

38. La nécessité des Sacrements

 

VIII. Les Pouvoirs publics

 

39. La nécessité des gouvernements

Les magistrats

Le respect dû aux Autorités

40. L’obéissance due aux Autorités

 

 

Notes

 

Notes

Le Symbole des Apôtres

Le Symbole de Nicée

Le Symbole d’Athanase

Les nombreux textes bibliques reproduits sous chaque question ont été tirés de la Bible à la Colombe (Nouvelle version Segond révisée 1978 - (c) Société Biblique Française).

 

PREFACE

Car en croyant du coeur on parvient à la justice, et en confessant de la bouche on parvient au salut, déclare l’apôtre Paul. (Rm 10:10)

La foi, la confession; le dedans, le dehors.

La foi du coeur n’est pas silencieuse: elle doit se déclarer pour être communiquée. Il est impossible de dissimuler: toute vraie foi s’extériorise par sa confession. Confesser, c’est publier pour faire connaître.

La siège de la foi n’est foi point au cerveau, mais au coeur. Elle doit l’embraser du désir de la gloire de Dieu, de sorte que la flamme s’en montre au-dehors. Ce serait une niaiserie de dire qu’il y a du feu où il n’y a ni flamme ni chaleur!

Pour unir les croyants en un même corps, il faut donc une Confession commune, brièvement exprimée en “articles de foi”. Ils fondent et garantissent l’unité de l’Eglise. Ils épanouissent et maîtrisent tout à la fois les émotions de notre coeur, exaltent et contrôlent la marche de notre intelligence. Nous demandons au témoignage intérieur du Saint-Esprit d’être le garant de ces articles de foi, sans cesse soutenus par des références à l’Ecriture sainte; ainsi pourrons-nous - ensemble - “aimer Dieu et notre prochain de tout notre coeur et de toute notre intelligence“. (Mc 12:33)

“La véritable confession de foi de nos Eglises réformées de France” est celle, en 40 articles, dite de la Rochelle. Déclarée telle en 1571 par le Synode national qui y tint ses assises, elle mit fin aux difficultés suscitées depuis 1559 par l’emploi parallèle de La Confession de foi de l’Eglise de Paris, comptant seulement 35 articles.

Quoique pratiquement abandonnée par beaucoup de nos jours, cette Confession n’en reste pas moins La Confession de Foi des Eglises réformées en France. Aucun Synode national depuis lors n’y a jamais apporté de modification. Tel est le texte qui a été réédité sous une forme appropriée aux lecteurs d’aujourd’hui.

Dans une “Lettre au Roi”, Calvin, qui en est l’auteur principal, la présente ainsi :

“Les articles de notre Foi, qui sont décrits assez au long dans notre confession, reviennent tous à ce point: puisque Dieu nous a suffisamment déclaré sa volonté par ses prophètes et apôtres, et même par la bouche de son Fils notre Seigneur Jésus-Christ, nous devons cet honneur et ce respect à la Parole de Dieu, de n’y rien ajouter du nôtre, mais de nous conformer entièrement à la règle qui nous y est prescrite … Nous estimons être très raisonnables de préférer les commandements de Dieu, qui est la Vérité même, aux commandements des hommes, qui, de leur nature, sont enclins au mensonge et à la vanité. Et quoi que nos adversaires prétendent contre nous, nous pouvons pourtant dire devant Dieu et devant les hommes que nous ne souffrons pour autre raison que pour maintenir notre Seigneur Jésus-Christ comme notre seul Sauveur et Rédempteur, et sa doctrine seule, notre doctrine de vie et de salut.

Nous ne doutons point que tous ceux qui jugeront avec discernement ne nous soient équitables, … afin qu’ils apprennent à se ranger au troupeau de ce grand Pasteur qui nous appelle et convie si doucement à soi, et que par ce moyen le nom de Dieu soit glorifié en nous.”

Ainsi, l’adhésion de la foi à la Révélation du Christ par les saintes Ecritures porte de nombreux fruits:

D’une part, notre coeur s’épanouit: il est dilaté par des émotions insoupçonnées; mais il est aussi tenu en bride pour résister aux pressions humanistes du “sens commun” et du “sens moral”.

D’autre part, elle stimule notre intelligence et la dote d’une logique spirituelle apte à saisir le sens de ce monde et de notre vie, tout en la protégeant des influences délétères et de la logique profane d’une raison jalouse de son autonomie.

Un coeur nouveau, une intelligence spiritualisée conduisent à une intense réflexion dans l’étude de la Parole, à quoi nous n’avons rien à ajouter, mais dont nous ne pouvons rien retrancher. Quelle que soit la question posée, c’est l’Ecriture toute entière qu’il faut avoir à l’esprit et prendre en compte pour obtenir la meilleur réponse: tel est le principe de l’analogie de la foi.

Dès lors, notre Confession énumère des Articles de Foi à partir desquels s’exerce notre réflexion, qu’il s’agisse du coeur ou de l’esprit. Les textes bibliques cités en référence orientent notre pensée mais ne l’épuisent jamais.

Après cinquante années de mise à l’épreuve, confrontées à de graves divergences dans l’exposition de la foi, les Autorités des principales Eglises réformées d’Europe ont jugé nécessaire de tenir à Dordrecht, aux Pays-Bas, un Synode exceptionnel (1618-1619), à la suite duquel Cinq Articles (appelés Canons, ou Décrets) ont été, par une décision unanime, ajoutés (en annexe” de notre Confession de foi par le Synode national des Eglises réformées de France, tenu à Alès, dans les Cévennes, le 6 octobre 1620 - Les Canons de Dordrecht ont été également réédités en 1988 et diffusés par la Fondation d’Entraide Chrétienne Réformée, Ratelaar 56, 2923 GG Krimpen a/d IJssel, Pays-Bas, ainsi qu’en France par les Editions Kerygma, 33, Avenue Jules-Ferry, F-13100 Aix-en-Provence.

A qui veut vraiment penser sa foi et en recueillir jour après jour les fruits du coeur et de l’esprit - si difficile et exigeante qu’elle paraisse à première lecture- l’étude attentive des Articles de doctrine du Synode de Dordrecht s’impose. Ils ne traitent pas de questions théoriques ou subtiles, mais hors de toute erreur ou spéculation, des conditions dans lesquelles les croyants peuvent et doivent accepter la grâce divine, être certains qu’elle leur est offerte et données, qu’elle leur sera maintenue, et qu’ils persévèreront dans la foi jusqu’au terme de leur vie. Dieu leur Père, en Jésus-Christ leur unique Sauveur, les dotera d’un plein pardon et leur attestera, étant ses héritiers et les co-héritiers du Christ, qu’ils ont et garderont un esprit libre et une bonne conscience devant lui jusqu’au terme de leur vie, et serviront à célébrer sa gloire.

“C’est par la grâce en effet que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi, et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu! Ce n’est point par les oeuvres, afin que personne ne se glorifie; car

nous sommes son ouvrage, nous avons été créés en Christ-Jésus pour des oeuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions. (Ep 2:8-10)

Pierre Ch. Marcel

 

I. DIEU ET SA REVELATION

1. Dieu

Nous croyons et confessons qu’il y a un seul Dieu, qui est une seule et simple essence spirituelle, éternelle, invisible, immuable, infinie, incompréhensible, ineffable, qui peut toutes choses, qui est toute sage, toute bonne, toute juste, et toute miséricordieuse.

Dt 4:35, 39; Es 44:6, 8; 1 Co 8:4, 6; Ep 4:6; 1 Tm 2:5.Jn 4:24. Ex 3:15-16; Es 40:28.Rm 1:20; 1 Tm 1:17. Ml 3:6; Jc 1:17. Rm 11:33. Jr 10:6-7; Rm 11:33. Lc 1:37; 1 Ch 29:10-12. Rm 16:27. Mt 19:17; Ex 33:19. Jr 12:1.Ex 34:6-7.

2. La Révélation

C’est ce Dieu qui se fait connaître aux hommes :

Premièrement, par ses oeuvres, aussi bien par leur création que par leur conservation et la manière dont il les conduit.

Deuxièmement, et plus clairement encore, par la Parole qui, au commencement révélée par oracle, a été ensuite rédigée par écrit dans les livres que nous appelons: Ecriture Sainte.

Ps 19:2.Rm 1:20; 1 Cor 12:6.Hé 1:1; Ps 19:8.Gn 15:1 etc.; 2 P 1:21.Ex 24:4; 31:18; Ps 102:19; Ha 2:2; Ap 1:11.Rm 1:2.

3. L’Ecriture Sainte

Toute l’Ecriture sainte est contenue dans les livres canoniques de l’Ancien et du Nouveau Testaments dont voici le détail.

L’Ancien Testament :

Les cinq livres de Moïse: à savoir: la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome.

Josué, les Juges, Ruth, le premier et le second livre de Samuel, le premier et le second livre des Rois, le premier et le second livre des Chroniques, les livres d’Esdras et de Néhémie, le livre d’Esther.

Job, les Psaumes, les Proverbes de Salomon, le livre de l’Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques.

Les livres d’Esaïe, de Jérémie, les Lamentations de Jérémie, les livres d’Ezéchiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habaquq, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.

Le Nouveau Testament:

Le saint Evangile selon saint Matthieu, selon saint Marc, selon saint Luc et selon saint Jean.

Le second livre de saint Luc, autrement dit les Actes des Apôtres.

Les Epîtres de saint Paul: une aux Romains, deux aux Corinthiens, une aux Galates, une aux Ephésiens, une aux Philippiens, une aux Colossiens, deux aux Thessaloniciens, deux à Timothée, une à Tite, une à Philémon.

L’Epître aux Hébreux, l’Epître de saint Jacques, la première et la deuxième Epître de saint Pierre, la première, la deuxième et la troisième Epître de saint Jean, l’Epître de saint Jude, et l’Apocalypse.

4. L’Ecriture, règle de la foi

Nous reconnaissons que ces livres sont canoniques et la règle très certaine de notre foi, non pas tant par le commun accord et le consentement de l’Eglise, que par le témoignage et la persuasion intérieure du Saint-Esprit, qui nous les fait distinguer des autres livres ecclésiastiques sur lesquels, bien qu’ils soient utiles, on ne peut fonder aucun article de foi.

5. L’autorité de l’Ecriture

Nous croyons que la Parole qui est contenue dans ces livres a Dieu pour origine, et qu’elle détient son autorité de Dieu seul et non des hommes.

Cette Parole est la règle de toute vérité et contient tout ce qui est nécessaire au service de Dieu et à notre salut; il n’est donc pas permis aux hommes, ni même aux anges, d’y rien ajouter, retrancher ou changer.

Il en découle que ni l’ancienneté, ni les coutumes, ni le grand nombre, ni la sagesse humaine, ni les jugements, ni les arrêts, ni les lois, ni les décrets, ni les conciles, ni les visions, ni les miracles ne peuvent être opposés à cette Ecriture sainte, mais qu’au contraire toutes choses doivent être examinées, réglées et réformées d’après elle.

Ps 12:7; 19:8-9.2 Tm 3:15-17; 2 P 1:21. Jn 3:31, 34; 15:15.Dt 30:15-16, 19-20; Jn 15:10; Ac 20:27; Rm 15:4.Dt 4:2; 13:1; Pr 30:6; Ga 1:8-9; 3:15; 1 Tm 1:3; 2 Jn 9-10; Ap 22:18.Ps 62:10; Mt 15:3, 9; Mc 7:7; Ac 5:28; Rm 3:4.1 Co 3:11; 11:1-2, 23; 15:2; 2 Th 2:2; 1 P 4:11; 1 Jn 4:1.

Nos Symboles

Dans cet esprit, nous reconnaissons les trois Symboles, à savoir :

le Symbole des Apôtres,

le Symbole de Nicée,

le Symbole d’Athanase,

parce qu’ils sont conformes à la Parole de Dieu.

6. La Trinité

Cette Ecriture sainte nous enseigne qu’en la seule et simple essence divine que nous avons confessée, il y a trois Personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit:

- Le Père, cause première, principe et origine de toutes choses;

- Le Fils, sa Parole et sa sagesse éternelle.

- Le Saint-Esprit, sa force sa puissance et son efficacité.

Le Fils est éternellement engendré du Père; le Saint-Esprit procède éternellement du Père et du Fils.

Les trois Personnes de la Trinité ne sont pas confondues, mais distinctes; elles ne sont pourtant pas séparés, car elles possèdent une essence, une éternité, une puissance identiques, et sont égales en gloire et en majesté.

Nous acceptons donc, sur ce point, les conclusions des Conciles anciens, et repoussons toutes les sectes et hérésies qui ont été rejetées par les saints docteurs, comme saint Hilaire, saint Athanase, saint Ambroise et saint Cyrille.

Mt 3:16-17; 28:19; 2 Co 13:13; 1 Jn 4:13-14; 5:7.Ml 2:10; Jn 5:17, 19.Pr 8:12; 22:31; Jn 1:1-2; 17:3-5; Rm 1:3; 1 Co 8:6; Col 1:16; Hé 1:3; Ap 19:13.Es 48:16; 61:1; Mt 12:28; Lc 1:35; Jn 15:26; Ga 4:6.Jn 8:23, 58; Ph 2:5; Ap 1:8.Jn 14:16-17; Rm 8:9; 1 Co 6:11.Jn 15:26; Rm 8:9; Ga 4:6; Tt 3:5-6.

7. La Création

Nous croyons que Dieu, en trois Personnes coopérantes, a - par sa puissance, sa sagesse et son incompréhensible bonté - créé toutes choses, non seulement le ciel, la terre et tout ce qui s’y trouve, mais aussi les esprits invisibles.

Les anges et les démons

De ceux-ci, les uns (Satan et les démons) sont déchus et tombés dans la perdition, les autres (les anges) ont persévéré dans l’obéissance.

Nous croyons que les premiers, ayant sombré dans la perversité, sont ennemis de tout bien, par conséquent de toute l’Eglise; et que les autres, ayant été préservés par la grâce de Dieu, sont des serviteurs chargés de glorifier son Nom et de servir au salut de ses élus.

Gn 1; Jb 33:4; Ps 104; Es 40:26; Jn 1:3, 10; Ac 17:25-27; Hé 1:2; 3:4.Col 1:16-17; Ps 33:6.Lc 8:31; Mt 25:41; 2 P 2:4; Jude 6.Ps 103:20-21.Jn 8:44; 2 Co 2:11; 11:14; Ep 6:12.Ps 34:8; 148:2; Mt 25:31; Hé 1:7, 14.

8. La providence de Dieu

Nous croyons non seulement que Dieu a créé toutes choses, mais qu’il les gouverne et les conduit, disposant de tout ce qui arrive dans le monde et réglant tout selon sa volonté.

Certes, nous ne croyons pas que Dieu soit l’auteur du mal ou que la culpabilité puisse lui en être imputée, puisqu’au contraire sa volonté est la règle souveraine et infaillible de toute droiture et de toute justice vrai. Mais Dieu dispose de moyens admirables pour se servir des démons et des impies, de telle sorte qu’il sait convertir en bien le mal qu’ils font et dont ils sont coupables.

Ainsi, en confessant que rien ne se fait sans la providence de Dieu, nous adorons avec humilité les secrets qui nous sont cachés, sans nous poser de questions qui nous dépassent. Au contraire, nous appliquons à notre usage personnel ce que l’Ecriture sainte nous enseigne pour être en repos et en sécurité; car Dieu, à qui toutes choses sont soumises, veille sur nous d’un soin si paternel qu’il ne tombera pas un cheveu de notre tête sans sa volonté. Ce faisant, il tient en bride les démons et tous nos ennemis, de sorte qu’ils ne peuvent nous faire le moindre mal sans sa permission.

Ps 104; Jb 34:14-15; Jn 5:17; Hé 1:3.Gn 27:20; 1 R 22:34; Ps 75:7-8; 115:3; 139:2-6, 13-18; Pr 21:1; Es 10:5-7; 45:7; Lm 3:37-38; Mt 10:29-30; Ac 14:17; 17:26-28; Jc 4:15.Jb 1:22; Ps 5:5; Os 13:9; Ga 5:19-21; 1 Jn 2:16; 3:8.Ps 45:7; 119.Gn 45:8; 50:20; Jb 12:13-25; Ac 2:23-24; 4:28; Rm 8:28.Rm 9:19-20; 11:33-34.Jb 1:21; Ps 10:14; 37:5; Rm 5:3-4; 8:28-29; 2 Co 4:7-18; 1 Th 5:18; Jc 1:1-3.Mt 6:25-34; 10:30; Lc 21:18.Gn 3:15; Jb 1:12; 2:6; Es 45:1-8.

 

II. L’HOMME ET SON PECHE

9. Pureté originelle et déchéance de l’homme

Nous croyons que l’homme - qui a été créé pur, sans la moindre tache et conforme à l’image de Dieu - est par sa propre faute déchu de la grâce qu’il avait reçue. Il s’est ainsi séparé de Dieu qui est la source de toute justice et de tous biens, au point que sa nature est désormais entièrement corrompue.

Impossibilité d’une religion naturelle

Nous croyons que l’homme, étant aveuglé dans son esprit et dépravé dans son coeur, a perdu toute intégrité sans en avoir aucun reste.

Bien qu’il ait encore quelque discernement du bien et du mal, nous disons néanmoins que la lumière qui subsiste en lui se change en ténèbres quand il est question de chercher Dieu, de sorte qu’il n’en peut nullement approcher par son intelligence et sa raison.

La nécessité de la grâce

Quoique l’homme ait une volonté, par laquelle il est incité à faire ceci ou cela, nous croyons toutefois qu’elle est totalement prisonnière du péché, en sorte qu’il n’a de liberté à bien faire que celle que Dieu lui donne.

Gn 1:26, 31; Ec 7:29; Ep 4:24.Gn 3:6, 17.Es 1:2-4; 59:2; Jr 2:13, 17, 21-22; Ep 4:18.Gn 2:17; 3:19; 6:5; 8:21; Jn 3:19-20; Rm 5:12, 18; Ep 2:1-3.Jn 8:3, 43-44; Rm 1:29-32; 3:9-18; 7:5; 1 Jn 1:8, 10.Rm 1:21; 2:14-20.Jb 14:4; 1 Co 2:14.Jr 13:23; Rm 7:14-20.Ps 94:11-12; Es 26:12; Jn 1:4-5, 9; 6:44, 65; 8:36; 15:5; Rm 6:17-18; 8:6-7; 2 Co 3:5; Ph 2:13.

10. L’hérédité du péché

Nous croyons que toute la descendance d’Adam est infectée de cette souillure du péché originel, qui est un vice héréditaire, et non pas seulement une imitation, comme les pélagiens, dont nous réprouvons les erreurs, l’ont enseigné.

Nous n’estimons pas qu’il soit nécessaire de rechercher comment le péché se transmet d’un homme à sa descendance, car il nous suffit de savoir que ce que Dieu avait donné à Adam n’était pas pour lui seul, mais pour toute sa postérité avec lui, et qu’ainsi, en lapersonne même d’Adam, nous avons été dépouillés de tous biens, et sommes tombés dans une indigence extrême et dans la malédiction.

Cf. art 9.Ps 51:7; Jn 1:4-5.Mt 15:19.Gn 1:26-28; 2:15-17.Gn 3:14-24; Rm 5:12, 18-19.

11. La condamnation du péché

Nous croyons aussi que ce vice du péché originel est péché, au sens propre du mot, qu’il suffit à condamner tout le genre humain, jusqu’aux petits enfants dès le sein maternel, et que Dieu le considère comme tel.

Nous croyons même qu’après le Baptême le péché originel est toujours péché quant à la culpabilité bien que la condamnation en soit abolie dans les enfants de Dieu, Dieu ne la leur imputant plus par sa bonté gratuite.

La permanence du péché

Nous croyons aussi que le péché originel est une perversion qui produit toujours des fruits de corruption et de révoltes, tels que les hommes les plus saints, quoiqu’ils y résistent, ne cessent point d’être entaché de faiblesses et de fautes tant qu’ils habitent en ce monde.

Rm 3:9-18; 5:12, 18-19; Ep 2:3, 5.Ps 51:7; Es 48:8; Rm 5:14.Rm 7:8, 10, 17-18, 20, 23.

 

III. JESUS-CHRIST

12. Notre élection en Jésus-Christ

De cette corruption et de cette condamnation générales où tous les hommes sont plongés, nous croyons que Dieu retire ceux que, dans sa volonté éternelle et immuable, il a élus par sa seule bonté et miséricorde en notre Seigneur Jésus-Christ, et cela sans considération de leurs oeuvres.

Nous croyons qu’il laisse les autres dans cette même corruption et condamnation, pour démontrer en eux sa justice, tout comme il fait briller, dans les premiers, les richesses de sa miséricorde. Car ceux-ci ne sont pas meilleurs que les autres jusqu’à ce que Dieu les distingue selon le dessein immuable qu’il a arrêté en Jésus-Christ avant la création du monde.

Il n’est d’ailleurs personne qui puisse s’approprier un tel bien par ses propres moyens, puisque, de nature, nous ne pouvons avoir un seul bon mouvement, aucune bonne disposition de notre volonté, ni aucune bonne pensée, jusqu’à ce que Dieu nous ait devancés et nous y ait disposés.

Ex 33:19; Rm 8:29; 9:15.1 S 12:22; Jn 15:16; Rm 2:11, 23; 11:5-6; Ep 1:4-6.Ps 5:5-7; Ez 9:10; 18:4; Rm 1:18; Ga 6:7-8.Ex 9:16; Rm 9:18, 22-23.Cf. art. 9; Jr 10:23; Ep 1:4-5.

13. Notre salut est en Christ

Nous croyons qu’en Jésus-Christ tout ce qui était nécessaire à notre salut nous a été offert et communiqué. Nous croyone que Jésus-Christ, qui nous est donné pour que nous soyons sauvés, a été fait pour nous à la fois sagesse, et justice, et sanctification, et rédemption, en sorte qu’en se séparant de lui on renonce à la miséricorde du Père, en laquelle nous devons avoir notre unique refuge.

Mt 1:21; Jn 14:16; Ga 1:19-20; 1 Tm 2:5-6.Jn 3:16; 1 Jn 1:2.1 Co 1:30; Ep 1:7-8; Col 1:13-14; 2:10; Tt 2:14.Ac 4:11; 1 Tm 2:5.

14. La divinité et l’humanité de Jésus-Christ

Nous croyons que Jésus-Christ, étant la Sagesse de Dieu et son Fils éternel, a revêtu notre chair afin d’être Dieu et homme en une même personne et, en vérité, un homme semblable à nous, capable de souffrir dans son corps et dans son âme, ne différant de nous qu’en ce qu’il a été pur de toute souillure.

Quant à son humanité, nous croyons que le Christ a été l’authentique postérité d’Abraham et de David, quoiqu’il ait été conçu par l’efficacité secrète du Saint-Esprit. Ce faisant, nous rejetons toutes les hérésies qui, dans les temps anciens, ont troublé les Eglises.

Jn 1:14; Ga 4:4; Ph 2:6-7.Mt 26:38; Lc 23:46; Jn 12:27; 19:30; Hé 2:17-18.2 Co 5:21; Hé 4:15; 1 P 2:22; 1 Jn 3:5.Gn 22:18; Ps 132:11; Jr 33:15; Mt 1:1; Ac 2:30-31.Mt 1:18; Lc 1:31, 34-35.

15. Les deux natures du Christ

Nous croyons qu’en une même personne, à savoir Jésus-Christ, les deux natures sont vraiment et inséparablement conjointes et unies, chacune d’elles conservant néanmoins ses caractères spécifiques, si bien que, dans cette union des deux natures, la nature divine, conservant sa qualité propre, est restée incréée, infinie et remplissant toutes choses, de même que la nature humaine est restée finie, ayant sa forme, ses limites et ses caractères propres.

En outre, quoique Jésus-Christ, en ressuscitant, ait donné l’immortalité à son corps, nous croyons toutefois qu’il ne l’a pas dépouillé de la réalité propre à sa nature humaine.

Nous considérons donc le Christ en sa divinité, de telle sorte que nous ne le dépouillons point de son humanité.

Mt 1:23; Lc 1:35; Jn 1:14; 1 Tm 2:5; 3:16.Cf. art. 7, notes 1 et 2; Jn 3:31-34; 12:44-45; 14:9-10; Col 1:19-20.Mt 26:11; 27:50; Lc 23:46; 24:38-39.Ac 3:21; Rm 1:4; 1 Co 15:12-24; Ph 2:6-11; 3:21.Jn 20:25, 27; Ac 1:2-3.

 

IV. L’OEUVRE DU SALUT

16. La mort du Christ

Nous croyons que Dieu, en envoyant son Fils dans le monde, a voulu montrer son amour et son inestimable bonté envers nous en le livrant à la mort et en le ressuscitant pour accomplir toute justice et pour nous acquérir la vie céleste.

Es 53:6; Jn 1:29; 3:16; 15:13; Rm 4:25; 8:3, 32:33; Hé 22:14-15; 1 Jn 4:9.

17. Notre réconciliation

Nous croyons que, par le sacrifice unique que le Seigneur Jésus a offert sur la croix, nous sommes réconciliés avec Dieu, afin d’être tenus pour justes de vant lui et considérés comme tels. Nous ne pouvons, en effet, lui être agréables et participer à son adoption que s’il nous pardonne nos fautes et les ensevelit.

Nous affirmons donc que Jésus-Christ est notre intégrale et parfaite purification, qu’en sa mort nous avons une totale réparation pour nous acquitter denos forfaits et des iniquités dont nous sommes coupable, et que nous ne pouvons être délivrés que par ce moyen.

Hé 7:27; 9:12, 24:28; 10:12, 14, 18; 1 P 3:18.Rm 5:1, 8-9; 8:1; 2 Co 5:18-20; Col 2:14; Hé 5:7-9.Rm 4:24; 5:19; 2 Co 5:21.1 P 2:24-25.Jn 15:3; Rm 8:2; Hé 9:14; 1 P 1:18-19.Es 53:5, 12; Mt 20:28; Rm 3:23-24; Col 1:14; 1 Tm 2:6; Hé 2:17.Ac 2:21; 4:12; 1 Co 2:2; Ph 3:8.

18. Notre pardon gratuit

Nous croyons que toute notre justice est fondée sur la rémission de nos péchés et que notre seul vrai bonheur se trouve dans ce pardon, comme le dit David.

C’est pourquoi nous rejetons tous les autres moyens par lesquels nous penserions pouvoir nous justifier devant Dieu et sans présumer d’aucune vertu ni d’aucun mérite, nous nous en tenons uniquement à l’obéissance de Jésus-Christ, qui nous est attribuée aussi bien pour couvrir toutes nos fautes que pour nous faire trouver grâce et faveur devant Dieu.

Notre paix

En fait, nous croyons qu’en nous écartant si peu que ce soit de ce fondement - l’obéissance de Jésus-Christ - nous ne pourrions trouver ailleurs aucun repos, mais que nous serions toujours rongés par l’inquiétude puisque, pris en nous-mêmes, nous sommes dignes d’être haïs par Dieu, et que nous ne serons jamais en paix avec lui jusqu’à ce que nous soyons fermement convaincus d’en être aimés en Jésus-Christ.

Es 1:18; 43:25; Jr 31:4; Ez 36:29; Jn 3:17-18; 5:24; Rm 3:23-24; 1 Co 6:11; Col 1:14; 1 Jn 2:12.Ps 32:1-3; cf. art. 17, nota 2; Lc 1:77; Rm 4:6-8; 8:1-2.Rm 4:2; 1 Co 1:29-31; 4:7.Rm 5:19.Cf. art 17 ; Ep 2:8.

19. La prière

Nous croyons que c’est par ce moyen que nous avons la liberté et le privilège d’invoquer Dieu avec la pleine confiance qu’il se montrera notre Père. Car nous n’aurions pas le moindre accès au Père, si nous n’étions introduits auprès de lui par ce Médiateur. Pour être exaucés en son Nom, il convient de recevoir notre vie de Jésus-Christ comme de notre Chef.

Mt 11:27; Jn 14:6; Hé 4:14-16.Ps 50:15; 145:18; Jr 29:12-14; Mt 6:9; 7:11; Lc 11:2; Rm 5:10; 8:14-17; Ga 4:6; Ep 3:12; Hé 10:19-22.Ep 2:18.Mt 28:18; Mc 16:19; Rm 8:33; Col 3:1; 1 Tm 2:5; Hé 7:24-25; 1 Jn 2:1.Jn 14:13; 16:23-24.Cf. Art 17 ; Rm 8:31-32; 1 Co 2:2; Ga 2:20-21; Hé 2:17-18.

20. La justification par la foi

Nous croyons que Dieu nous fait participer à cette justice (art. 18) par la foi seule, puisqu’il est dit que Jésus-Christ a souffert pour obtenir notre salut, afin que quiconque croit en lui ne périsse point.

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