Qui sont les pentecôtistes ?
Par Christian Seytre – Vice Président de la Fédération Protestante de France
(publié le 4 juillet 2005 sur www.protestanet.be).
C’est au tournant de ce siècle que le pentecôtisme est né, non comme une religion nouvelle, mais comme un retour aux sources de la spiritualité biblique. En effet, dans le Nouveau Testament, la primitive Église est pentecôtiste.

Il suffit de parcourir les pages des Actes des Apôtres pour s’en convaincre : parler en langues, prophéties, visions, révélations, guérisons, tout ce qui caractérise les Églises pentecôtistes s’y trouve déjà. Et pour cause : le pentecôtisme moderne, d’inspiration fondamentaliste, ne cherchait pas à innover, mais plutôt à revivre et à remettre en pratique tout ce qui est écrit dans le Nouveau Testament puisque ‘Jésus Christ est le même, hier, aujourd’hui et éternellement’ (Héb. 11.8).
L’histoire de l’Église est jalonnée de ces signes miraculeux que l’on appelle ‘charismes’ ou ‘dons spirituels’. En dehors de la Bible, des livres ou des auteurs anciens les mentionnent : la Didaché, le Berger d’Hermas, l’Épître de Clément aux Corinthiens, Tertullien … Ils se manifestent au Moyen Âge, puis chez les Camisards des Cévennes, chez les Jansénistes, chez les Irvengistes anglo-saxons.
Racines
Le pentecôtisme moderne est relié à tous ces événements ; il s’en sent solidaire. Mais ils n’expliquent pas son apparition.
Pour comprendre comment il s’est formé, il faut prendre conscience de l’attente spirituelle manifestée par une partie du courant évangélique anglo-saxon envers une expérience marquante de sainteté, que certains appelaient ’seconde expérience’, puis ‘baptême de feu’ et enfin ‘baptême du Saint Esprit’. Il y avait aussi une forte attente d’un ‘réveil’ de la part de Dieu, c’est à dire d’une visitation divine. C’est dans ce contexte qu’à la fin de l’année 1900, dans une école biblique de Topeka, au Kansas, des étudiants étudient le chapitre 2 des Actes des Apôtres. Ils constatent que lorsque le Saint Esprit est venu sur les apôtres rassemblés, ceux-ci ont parlé en langues. Le 1er janvier 1901, une étudiante demande la prière pour faire cette même expérience. Le directeur de l’école, le pasteur Charles Parham, hésite, puis accepte ; un moment plus tard la jeune fille commence de s’exprimer dans un langage inconnu. Le pentecôtisme est né.
Un autre étudiant de Ch. Parham, le noir W. Seymour, organise des réunions à Azuza Street en 1906 à Los Angeles. Il s’y passe des choses si extraordinaires que la presse s’en fait l’écho. C’est le début de l’essor du pentecôtisme.
Les racines de la spiritualité de Seymour se trouvent dans son passé. Il affirma son héritage noir en introduisant des négro-spirituals et de la musique noire dans la liturgie au moment même où cette musique était considérée comme inférieure et impropre pour le culte chrétien. En même temps il vécut fidèlement sa compréhension de la Pentecôte. Pour lui la Pentecôte signifiait davantage que le parler en langues. Cela voulait dire aimer tout en étant exposé au visage de la haine (plus de 3 000 noirs furent lynchés durant la vie de Seymour), vaincre la haine d’une nation tout entière en démontrant que la Pentecôte est quelque chose de tout différent du style de vie arriviste des Américains.
Dans le réveil à Los Angeles, des évêques blancs et des ouvriers noirs, des hommes et des femmes, des Asiatiques et des Mexicains, des professeurs blancs et des indigènes noirs étaient tous égaux.
Il n’est pas dès lors étonnant que la presse religieuse et la presse séculière rapportèrent en détail ces événements extraordinaires. (Hollenweger, préface au livre ‘Aux sources de la spiritualité pentecôtiste’).
Trois remarques :
Il n’y a pas de fondateur du pentecôtisme. Ses leaders les plus connus ont justement été connus parce qu’ils sont entrés dans cette mouvance, non parce qu’ils l’ont créée. On peut simplement constater qu’au sein du monde évangélique, un courant axé sur l’attente d’une seconde expérience appelée baptême de l’Esprit a débouché sur l’expérience de Topeka.
Les dons spirituels se sont manifestés dans toutes les Églises au cours des siècles. La naissance d’un mouvement appelé pentecôtisme est due au fait que des chrétiens évangéliques ont relié l’expérience du parler en langues avec la notion de baptême du Saint Esprit. Cela créait une rupture d’avec la théologie traditionnelle : le Saint Esprit n’était pas donné au croyant lors de sa conversion, de son baptême d’eau ou de sa confirmation, mais lors d’une expérience distincte, totalement en dehors de la volonté humaine (Charles Parham lui-même ne fit pas cette expérience !), et en dehors de tout cadre liturgique. Ainsi on pouvait être chrétien de longue date mais ne pas avoir reçu ce baptême du Saint Esprit.
Les premiers pentecôtistes ne voulaient pas à l’origine former une nouvelle confession chrétienne. Ils se pensaient comme ferment de renouveau au sein de leurs Églises.
Les pionniers de la Pentecôte avaient devant eux la vision d’un réveil qui atteindrait et inspirerait toutes les fractions de l’Église chrétienne, car ils appartenaient à tant de fractions différentes. Par-dessus tout, leur cœur s’enflammait dans la ferme assurance que ce serait là le dernier réveil avant le retour du Seigneur, et que, pour eux, l’Enlèvement de l’Église viendrait bientôt mettre fin à toute l’histoire terrestre. Cette espérance demeure ; mais les années ont passé et la formation d’Églises pentecôtistes distinctes a amené une évolution inévitable : une organisation grandissante et un Mouvement qui est maintenant reconnu comme une confession religieuse de plus (Donald Gee, Le Feu de la Pentecôte au XX° siècle, Éditions Viens et Vois, p.8)
Théologie
Théologiquement le pentecôtisme se rattache aux traditions fondamentalistes et évangéliques. Il reconnaît avant tout la Bible comme la Parole de Dieu, croit en la Trinité, à la naissance virginale de Jésus Christ, Fils de Dieu, à sa mort sur la croix pour le pardon de nos péchés, à sa résurrection triomphante le troisième jour, à son retour sur terre à la fin des temps. Les êtres humains sont pécheurs de nature, mais peuvent obtenir la vie éternelle en croyant en Jésus-Christ. Cela se produit par une expérience de conversion, appelée aussi nouvelle naissance selon la parole de Jésus à Nicodème ’si un homme ne naît de nouveau, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu’. Pour manifester son engagement le croyant prend le baptême par immersion, qui n’est conféré qu’à des adultes. Ensuite il doit mener une vie sainte qui est la marche dans la sanctification.
À ces doctrines traditionnelles du courant évangélique, le pentecôtisme ajoute ce qui le caractérise : sa conception du baptême du Saint Esprit, sa pratique des dons spirituels, son insistance sur la guérison divine.
Souvent il a simplifié le message évangélique en présentant l’’Évangile aux quatre angles’ : Jésus sauve, baptise, guérit, revient.
Jésus sauve : Jésus est mort pour nos péchés et il nous sauve si nous faisons une démarche de conversion envers lui. C’est pourquoi tout pentecôtiste est appelé à être un témoin, et à ‘gagner des âmes pour Christ’.
Jésus baptise : après sa conversion et son baptême d’eau, le croyant peut recevoir le Saint Esprit comme au jour de la Pentecôte. Ce baptême s’accompagne du signe du ‘parler en langues’ ou de la prophétie. Il n’est pas réservé à une élite, mais à tous les croyants, ‘car la promesse est pour vous, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur les appellera’ (Act. 2.39).
Jésus guérit : la guérison divine est un point clef de la théologie pentecôtiste. Jésus lui-même a ordonné à ses disciples de prier pour les malades : ‘voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom ils chasseront les démons ; ils parleront de nouvelles langues ; ils saisiront des serpents ; s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades seront guéris’ (Marc 16.17).
Même s’il y a contestation sur la fin de l’Évangile de Marc, il est évident que les premiers chrétiens, dans les Actes des Apôtres, croyaient en ces promesses et expérimentaient des miracles. En exerçant la même foi qu’eux, les chrétiens actuels devraient avoir les mêmes résultats, car Dieu ne change pas. Comment imaginer que Jésus a moins de compassion pour les malades aujourd’hui qu’il en avait hier sur les routes de Galilée ?
Cette guérison par la foi n’est pas réservée aux croyants ; elle serait même spécialement prévue pour ceux qui ne croient pas, afin que justement, en expérimentant la puissance de Dieu dans leur corps, ils puissent croire. Le succès du pentecôtisme tient au fait que des milliers et des milliers de gens de par le monde ont été guéris par la prière. Ils sont devenus des témoins enthousiastes et convainquants. Ce n’est pas pour rien qu’une Église pentecôtiste en France appelait ses lieux de réunion : Viens et vois. En effet, dans une église pentecôtiste on ne vient pas seulement pour écouter la parole, on vient aussi pour voir des miracles et sentir la présence de Dieu dans son corps.
Jésus revient : le pentecôtisme est aussi basé sur l’attente du retour de Jésus Christ. En tant que ‘réveil spirituel’, il devait être le dernier signe avant ce retour.
Cette attente semble mise en sourdine à l’approche de l’an 2000. On a tellement annoncé cette Parousie dans les dernières décennies qu’aujourd’hui la discrétion s’impose. Aucun des premiers pentecôtiste n’aurait soupçonné que ce siècle puisse se terminer sans que Jésus soit revenu.
Confessions de foi
Pour préserver leur identité, les Églises pentecôtistes ont généralement des ‘confessions de foi’, sortes de catalogue des dix ou douze points principaux de leur doctrine. Mais les pentecôtistes se méfient de la théologie. Ils veulent du concret. Jésus n’a pas choisi des théologiens comme apôtres, mais des pêcheurs de poissons. La foi n’est pas une connaissance doctrinale, mais une relation avec un Dieu vivant.
La théologie est généralement perçue comme dangereuse, comme remplaçant l’expérience de Dieu par un discours philosophique. Il y a bien sûr des exceptions, mais pour la majorité, faire de la théologie c’est rendre compliqué le message simple de l’Évangile. C’est le Saint Esprit qui aide à comprendre la Bible, pas les études.
Du coup le pentecôtisme est expérientiel. Comme le note Daniel Brandt-Bessire,
‘Tout le mouvement de sanctification jusqu’au pentecôtisme est bien plus intéressé par l’expérience religieuse que par le vocabulaire dans lequel on essaie de l’exprimer… Dans le pentecôtisme, on utilise presque exclusivement un vocabulaire décrivant l’expérience. Il est donc illusoire de vouloir comprendre la théologie pentecôtiste et ses racines en y appliquant une grille d’interprétation théologique universitaire’ (Daniel Brandt-Bessire, Aux sources de la spiritualité pentecôtiste, Labor et Fides, page 36).
Cette attitude fait la force et la faiblesse du pentecôtisme. Sa force parce que les gens, croyants ou incroyants, comprennent tout de suite le message qui est annoncé. Sa force aussi, parce que les responsables de l’Église peuvent être formés rapidement dans des instituts bibliques ou sur le tas. Ces pasteurs ou évangélistes sont choisis, non en fonction de diplômes, mais en fonction de leurs qualités humaines et spirituelles.
Sa faiblesse, parce que le pentecôtisme est traversé par différents courants basés plus sur l’expérience de certains leaders que sur la Bible. Les modes qu’ils transmettent peuvent apporter un renouvellement réel des Églises, mais peuvent aussi confiner au ridicule et provoquer des exagérations regrettables. Les excentricités sont une constante du pentecôtisme.
Il y a aussi le problème des fausses doctrines, qui amènent la création de véritables sectes pentecôtistes.
Ecclésiologie
Le pentecôtisme s’adapte au contexte dans lequel il se développe ; il y a ainsi des Églises très pyramidales et d’autres très décentralisées au niveau de la structure, selon la culture du pays : par exemple, en Suisse les Églises sont très démocratiques, en Afrique elles suivent davantage le système pyramidal tribal.
Certaines Églises reconnaissent tous les ministères mentionnés dans le Nouveau Testament : apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs, docteurs ou enseignants, anciens, diacres et diaconesses ; d’autres ne reconnaissent qu’une partie d’entre eux ; d’autres encore ont des évêques, des super intendants, etc. Là encore, la culture du pays d’origine est marquante.
Le pouvoir s’exerce de façon très différente selon les Églises. D’un côté il peut y avoir la façon autocratique de celui qui se croit ou qui est considéré comme ‘l’homme de Dieu’. Nouveau Moïse à la tête d’un peuple plus soumis que celui du désert, il règne sans partage ; de l’autre côté, il y a les Églises qui croient à la pluralité, à la nécessité d’être plusieurs afin que tous les ministères et tous les dons se manifestent.
La place de la femme n’est pas non plus envisagée partout de la même façon. En Europe, généralement, elle ne peut être pasteur. Il en va différemment aux États Unis ou en Asie. Cela dépend aussi des traditions des Églises.
En 1994, les 18 millions de pentecôtistes des États Unis ont créé une nouvelle organisation, multi-ethnique, pour promouvoir la coopération entre leurs différents Églises. Six responsables blancs et six responsables noirs, dont une femme évêque noire, ont été nommés.
Évangélisation et croissance
Il y a entre 350 et 450 millions de pentecôtistes dans le monde (BIP, 9 novembre 1994)
Le pentecôtisme est le mouvement religieux qui se développe le plus rapidement dans le monde aujourd’hui. Sa croissance phénoménale est surtout sensible en Afrique et en Amérique latine,
En Amérique latine, il représente 80 à 90% du protestantisme. Du coup les statistiques sont éloquentes :
Puerto Rico 28% de protestants, Chili 27%, Haïti 26%, Guatemala 24%, Brésil 21%, etc.
Selon quelques-unes des personnes qui étudient le paysage religieux en Amérique latine, le rythme de conversions à la foi évangélique serait de 400 personnes par heure. (SOEPI, juin 93).
En terme de croissance, les Églises ‘historiques’ augmentent de 2% par an ; les Églises pentecôtistes de 25% ! (Réforme, 7 novembre 1992). Dans un douzaine d’année, si le taux de croissance actuel se poursuit, il y aura 50% de pentecôtistes au Brésil, au Chili et au Guatemala.
Dans ce dernier pays, les statistiques disent qu’il y a 94% de catholiques ! Or, on l’a vu, on sait de différentes sources qu’il y a au moins 20% de pentecôtistes. C’est la preuve que le mouvement de pentecôte progresse au détriment de l’Église catholique (les catholiques baptisent les bébés et les considèrent ensuite comme membres de leur Église ; quand ceux-ci deviennent pentecôtistes, ils sont baptisés comme adultes et sont comptés sur les registres pentecôtistes. Ils sont donc comptés deux fois dans les statistiques) ; on comprend pourquoi l’Église catholique préfère parler de sectes pentecôtistes plutôt que d’Églises pentecôtistes.
‘Parfois, j’ai l’impression qu’on nous qualifie de sectes, nous les évangéliques, pour la simple raison que nous gagnons du terrain dans la société et représentons ainsi une menace pour les Églises établies dominantes’. (René Padilla, théologien argentin, SOEPI, juin 93).
Des pauvres et des présidents
Le pentecôtisme a commencé par toucher les pauvres. C’est encore dans les pays du Tiers-Monde qu’il se développe le plus aujourd’hui. Mais lorsque les pauvres se convertissent, qu’ils changent de vie, qu’ils lisent la Bible, qu’ils prennent des responsabilité dans la société, ils deviennent moins pauvres, et leurs enfants commencent à devenir instruits et à avoir de meilleures situations. Le résultat est qu’aujourd’hui parmi les pentecôtistes, il y a des gens riches et influents, des hommes politiques, et même des chefs d’État.
Le président de Zambie, Frederick Chiluba, et sa femme Vera, étaient au nombre des quelques 3000 chrétiens qui se sont présentés pour un rallye de prière organisé par l’Alliance évangélique de Zambie … ‘Une nation sous le regard de Dieu’, tel était le thème de ce rallye qui a débuté par une marche à travers la rue principale de la ville et a connu son apogée lors d’un culte en plein air au terrain des expositions de Lusaka. (Idéa)
Relations avec le protestantisme et l’œcuménisme
Les pentecôtistes sont des protestants, mais souvent des protestants sans la Réforme ; ils se relient au protestantisme par ce qu’on pourrait appeler une ‘filiation doctrinale évolutive’ : il y eut Luther et le salut par la foi, les anabaptistes et les baptistes qui rétablirent le baptême par immersion des adultes, Wesley et la sanctification, William Booth, fondateur de l’Armée du Salut qui sut évangéliser les pauvres, et enfin les pentecôtistes qui furent les instruments de Dieu pour la redécouverte du baptême du Saint Esprit. Ce schéma est perçu et présenté comme une réintroduction progressive des vérités du Nouveau Testament, telles que les vivaient les premiers chrétiens.
Le pentecôtiste ne renie pas les autres Églises ; il les considère comme des étapes, des chaînons dans la révélation de Dieu. Il souhaiterait que tous les chrétiens fassent comme lui, c’est à dire prenne le baptême d’eau par immersion, et reçoive le baptême du Saint Esprit en parlant de nouvelles langues.
Il se méfie un peu des autres dénominations protestantes, surtout celles qui sont pluralistes. Le libéralisme lui paraît être une grave dérive, et il est sécurisé quand le discours est orthodoxe.
Les pentecôtistes sont très méfiants envers l’œcuménisme. Ils le ressentent comme un retour à Rome. Il existe un anti-catholicisme farouche dans leurs milieux, que le mouvement charismatique n’a pas réussi à tempérer. Pourtant ils ont bien conscience qu’au niveau de l’éthique, ils sont plus proches du Pape que de l’Église réformée de France !
Parmi ceux qui s’ouvrent à l’œcuménisme, il semble que ce dernier soit vu comme la reconnaissance d’une unité invisible entre les chrétiens, par delà toutes les confessions , et surtout pas comme la recherche d’une unité structurelle.
Notons enfin que certaines Églises pentecôtistes sont membres du Conseil Œcuménique des Églises, et aussi qu’il existe, au niveau international, un dialogue catholique-pentecôtiste.
Le mouvement charismatique
Le mouvement charismatique protestant et catholique est issu du pentecôtisme, même s’il n’y a pas toujours entente entre charismatiques et pentecôtistes. Les charismatiques trouvent les pentecôtistes trop sectaires ; les pentecôtistes se demandent bien ce qui se passe chez leurs frères des autres Églises : leur expérience vient-elle vraiment de Dieu ? Si oui, ne devraient-ils pas quitter ces Églises pour rejoindre leurs rangs ?
Il est évident qu’il y a une grande différence entre les Églises pentecôtistes et les groupes charismatiques. Il est difficile pour les charismatiques d’accepter la théologie et l’ecclésiologie pentecôtiste, et surtout de les concilier avec les traditions de leurs Églises. Néanmoins la différence est plus culturelle qu’autre chose.
À Assise, en 1993, lors d’une rencontre des responsables du Renouveau charismatique catholique, le Père Kilian McDonnell partagea les fruits de ses recherches sur la patristique, et indiqua que chez les Pères de l’Église, ce que l’on appelle aujourd’hui baptême dans l’Esprit Saint chez les charismatiques, était en fait la norme pour tous les adultes baptisés de l’Église primitive. Voilà qui aurait réjoui beaucoup de pionniers de la pentecôte du début du siècle ! Quand on sait que durant cette même rencontre le Père Emiliano Tardif pria pour les malades, on peut se dire qu’on est bien en terrain pentecôtiste, sauf que cette prière pour les malades fut faite au cours d’une messe !
Si le mouvement charismatique n’est pas exempt d’ambiguïté (par exemple, des charismatiques protestants sont devenus catholiques et des charismatiques catholiques sont devenus protestants !), il représente néanmoins un des plus forts atouts de l’œcuménisme populaire du XXe siècle.
Situation en France
Certaines Églises pentecôtistes sont membres de la FPF [Parmi les Églises non membres de la FPF, on distingue trois groupes :
1. Les Assemblées de Dieu, qui est l’Église pentecôtiste la plus connue en France. Elle compte 32 000 membres, chiffre qu’il faut multiplier par 3 ou 4 pour comparer avec les autres Églises, car les pentecôtistes ne comptent comme membres que les adultes baptisés par immersion. Créée en 1930 au Havre, cette Église a maintenant plus de 600 lieux de réunion, et 370 pasteurs. Elle n’est pas membre de la Fédération Protestante de France, mais a engagé un dialogue avec elle.
1. les Églises pentecôtistes indépendantes : elles proviennent de scissions d’avec les Églises du groupe précédent, ou elles ont été créées dernièrement sous l’impulsion de missionnaires venus de l’étranger.
1. les Églises ethniques : elles sont surtout présentes dans les grands centres urbains.
Conclusion
Le pentecôtisme, qui est redécouverte de la spontanéité de la vie de l’Esprit, peut apporter un renouvellement au protestantisme français. Il doit aussi se laisser interpeler par ses aînés dans la foi des autres Églises, et pour cela se placer en position de dialogue.